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Ce que j’ai appris (jusqu’ici) concernant l’avenir d’un #Gouvfem au Canada


Alors que nous nous penchons sur la phase d’élaboration de politique de Canada au-delà de 150, voilà que je réfléchis moi-même au véritable aspect d’un gouvernement féministe. Au-delà de la rhétorique superficielle et du jargon d’usage, que signifie pour moi un gouvernement féministe? Les enjeux associés à l’échec de ce programme à la fois complexe et important sont des plus élevés; les éventuelles conséquences pourraient engendrer de nouvelles exclusions et inégalités, surtout au sein des populations marginalisées et vulnérables. Malheureusement, ce billet n’expose pas les moyens qui nous permettraient de parvenir à un gouvernement féministe; je tiens cependant à partager trois grands concepts qui ont émergé au cours des longues heures de consultation lors de ce formidable voyage avec l’équipe du gouvernement féministe Canada au-delà de 150.

Concept no 1 : en réalité, un gouvernement féministe est un gouvernement inclusif.

Malheureusement, tout débat concernant un gouvernement féministe a tendance à se pencher uniquement sur les questions relatives à l’égalité des sexes. Je ne nie qu’il s’agit d’une importante composante du programme féministe, mais ce sujet déclenche souvent une conversation axée uniquement sur les femmes, et les femmes blanches en particulier. Hormis les discussions relatives à l’égalité des sexes, les femmes sont largement absentes des autres sphères. Cela comprend les débats sur l’économie, les soins de santé, l’environnement et la science, et bien d’autres sujets. D’autres groupes, comme les femmes de couleur, les femmes autochtones, les femmes handicapées, les femmes allosexuelles et transgenres, et toute autre femme ne faisant pas partie du courant social dominant, sont davantage marginalisés dans les discussions, y compris celles concernant l’égalité des sexes. Cette exclusion est complètement à l’opposé de la signification du féminisme. À la base, le féminisme veut créer une société où tous les membres trouvent une place pour profiter de leurs droits et y accéder, indépendamment de leur sexe, de leur âge, de leur couleur, de leur état matrimonial, de leurs capacités, de leur orientation sexuelle et de leur classe sociale.

Tout cela m’a amenée à ce premier concept : un gouvernement féministe est, en fait, un gouvernement inclusif. Il s’agit d’être inclusif pour toutes les femmes, toutes les filles, tous les hommes et tous les garçons. Il s’agit d’être inclusif des nombreuses identités qui définissent une personne et qui déterminent la façon dont elle fait l’expérience du monde extérieur. C’est reconnaître que les personnes se sentent opprimées à divers degrés d’intensité et de différentes manières. Un gouvernement féministe souhaite renverser ce courant d’oppression en changeant les comportements et en faisant tomber les obstacles. On va bien au-delà de la parité salariale. Il s’agit de l’accès aux soins de santé, d’un logement à prix abordable, de bons emplois, de services de garde à prix abordable, d’une vie à l’abri de la violence, de l’exploitation et de l’abus, pour ne mentionner que quelques exemples. Un gouvernement féministe lutte contre l’inégalité entre les sexes et l’injustice au profit de tous les membres de la société, dans tous les secteurs, dans les sphères publiques et privées, et à tous les niveaux. Afin de créer des sociétés plus équitables et inclusives, il faut élargir le sujet du féminisme pour qu’il ne s’applique plus uniquement à l’égalité entre les sexes et aux femmes et aux filles.

Concept no2 : Les hommes et les garçons sont des éléments indispensables d’un gouvernement féministe.

Voici le deuxième concept qui m’est apparu : afin de concrétiser un programme de gouvernement féministe, quel qu’il soit, les hommes et les garçons doivent reconnaître qu’ils ont un rôle fondamental à jouer en vue de l’atteinte de l’égalité entre les sexes. Bien que l’égalité entre les sexes soit reconnue en droit international depuis longtemps et énoncée dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1984, l’idée selon laquelle les hommes et les garçons jouent un rôle essentiel dans l’application de ce principe n’a gagné en popularité que récemment. Les définitions de la masculinité, ainsi que les identités et les rôles de genre des hommes créés par la société sont liés à des schémas d’inégalité des sexes. En résumé, les hommes font partie du problème et, par conséquent, jouent un rôle déterminant dans sa résolution. En tant que décideurs et dirigeants principaux, de nombreux hommes contribuent (souvent inconsciemment) à maintenir l’ordre social et le rôle des sexes actuels.

Pour que notre société devienne plus égale et inclusive, les hommes et les garçons doivent réfléchir et agir autrement, revoir les images traditionnelles de la virilité et remodeler leurs relations avec les femmes et les filles. Un changement social important n’est possible que si nous nous efforçons de changer les attitudes et les comportements des hommes et des garçons qui perpétuent le statu quo. Ce changement demande entre autres de s’assurer que les initiatives d’égalité entre les sexes prévoient la participation active et égale des femmes et des hommes. Cette parité est particulièrement importante en ce qui concerne la garde des enfants et d’autres types de travail émotionnel.

Les hommes sont aussi victimes d’inégalités entre les sexes. Par exemple, les hommes risquent plus l’itinérance et le suicide et devraient faire l’objet d’interventions ciblées. Des recherches ont montré que les pressions sociales dictant aux hommes de faire preuve d’agressivité et de cacher leurs vulnérabilités peuvent avoir des effets néfastes sur eux. Les attentes strictes imposées aux hommes en raison de leur sexe, comme avoir de l’assurance, être dominant et être puissant, peuvent se traduire par des cas de masculinité toxique. Souvent renforcée par la pression exercée par les pairs et l’intimidation, la masculinité toxique a démontré ses effets néfastes sur la santé physique et mentale des hommes.

Concept no 3 : se sentir à l’aise dans le malaise.

Changer la répartition des pouvoirs et des ressources n’est pas chose facile. Pour permettre des règles du jeu équitables, surtout pour les personnes et les groupes habituellement en marge, il faudra rétablir l’équilibre des pouvoirs entre ceux qui en ont et ceux qui n’en ont pas. Il faut réformer les lois, les politiques, les programmes et les traditions coutumières vieux de plusieurs décennies qui avantagent généralement les hommes et contribuent à assurer leur position dominante. Ce processus dérangera inévitablement l’ordre social, mais c’est le prix à payer pour l’égalité.

Au fond, au lieu de simplement se déclarer féministes sur les réseaux sociaux, les hommes doivent renoncer à leur véritable pouvoir. Mais comment mettre tout ceci en pratique? Nous pouvons attendre une réforme des lois et des politiques ou nous pouvons commencer à changer le tissu social individuellement dans nos gestes quotidiens. De quels changements s’agit-il concrètement? Tout d’abord, même si le sujet est délicat, nous devons engager le dialogue pour amener les hommes à comprendre qu’ils jouissent d’un privilège et qu’ils contribuent au maintien du statu quo. Nous devons les dénoncer lorsqu’ils émettent des propos dénigrants et offensants. Nous devons bien définir ce qui constitue un viol, un abus et du harcèlement. Nous devons arrêter d’utiliser des euphémismes comme « dispute familiale », « inconduite sexuelle » et « comportement inapproprié ». Nous devons prendre position, revendiquer avec audace notre féminisme et inviter nos amis, nos pairs, nos collègues, nos frères, nos pères et les membres de la famille à se joindre à nous. Ce sera loin d’être agréable (ni à entendre, ni à faire), mais nous ne devrions pas tenter de rendre le sujet moins déplaisant. Soyons clairs : lorsque nous excusons des mauvais choix, l’égalité et la justice pour tous les membres de notre société reculent d’un pas. C’est le troisième point que j’ai appris : se sentir à l’aise dans le malaise.

Andreia est une fière Torontoise qui a une identité fragmentée. Dans le poste d’analyste qu’elle occupe actuellement à Affaires mondiales Canada, elle traite de diverses questions en lien avec les droits et la protection des enfants et des jeunes, et tout particulièrement la traite de personnes ainsi que la violence sexuelle et fondée sur le sexe. Afficher la suite »

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